Opération de sauvetage et remorquage du Trimaran Interaction

” Quelques heures après mon atterrissage à l’aéroport militaire de la Corogne, suite à l’hélitreuillage qui a eu lieu en fin de nuit précédente , je pars à la recherche du trimaran en taxi .

J’ai quitté le bateau de nuit , par les airs, sans repères, j’appréhende de découvrir et constater les dégats en plein jour , dans un lieu méconnu et avec toujours une météo récalcitrante . Je retrouve alors le bateau aux alentours de 14 heures, il se situe dans la réserve naturelle de Praia di Ladeira. Cela se situe à environ une heure de route de Vigo , port dans lequel j’étais arrivé le soir des évènements .

La distance de dérive entre le point d’arrivée et le point d’atterrissage est énorme .Cette distance représente bien les difficultés qu’ont rencontré la tentative de manoeuvre de sauvetage .Après avoir heurté les rochers, le trimaran a réussi à passer par dessus le plateau rocheux pour aller se poser plus loin sur du sable .

Les coefficients de marée sont alors en augmentation chaque jour, nous sommes mardi 15.Une pluie puissante ne cesse de tomber, le vent reste fort mais surtout, un nouveau coup de vent est annoncé à partir du lundi à venir .

Il reste alors seulement trois jours ouvrables pour trouver une solution avant le week end .Rendez-vous en capitainerie, évaluations sur place avec différents protagonistes s’enchaînent alors .

La situation ne peut attendre car chaque jour davantage, le trimaran risque d’être poussé vers le haut de la plage. Les vagues risquent de l’agresser et de l’endommager encore et encore de jour en jour, de marée en marée .

Pierre Jan et Fabien Labrosse, qui m’ont rejoins sur place, m’accompagnent chaque jour .Nous démontons et sauvons tout ce qui est possible et faisons venir un tracteur sur cette plage interdite à tous véhicules à par un seul .Toutes les voiles sont déchargées et mises en sécurité ainsi que du matériel varié.

Chaque matin nous partons tous les trois au chevet du trimaran, encore mouillés de la veille, ensablés aussi , marcher les deux kilomètres de plage avant de le rejoindre .

Mon inquiétude est vive, sera t il encore là ? toujours sur ses trois coques ? le mat tiendra t il ?

C’est l’angoisse .

Chaque soir, c’est avec un noeud au ventre que l’on doit l’abandonner seul à la nuit et aux intempéries , et jusqu’au lendemain matin .Nous posons une ancre du bateau à terre pour tenter de le “sécuriser” .

Après trois journées de très intenses négociations et de rendez-vous ( en langue espagnole) , je choisis l’entreprise “Remolcanosa” basée à Vigo .Ces équipes ont déjà connu quelques bateaux de la Route du Rhum ayant subi des avaries dans cette région .Ils me montrent des photos impressionnantes .

La curiosité de nombreux badauds est attirée chaque jour par le trimaran malgré les conditions météo qui sévissent .Il faut marcher quatre kilomètres au total pour venir le voir et rentrer , et très souvent sous une pluie battante .

Les gardiens de la réserve essaient de sécuriser la zone bien connue par les amateurs de surprises en cette saison en ce lieu .Ils veulent éviter que le bateau soit pillé après avoir retrouvé des personnes à bord aux premières heures de son arrivée sur la plage .

L’opération est coûteuse , complexe et risquée mais nous envisageons alors le remorquage du bateau samedi à partir de six heures du matin .Le temps est compté d’une part, vis à vis de la météo à venir, et puis de réussir à mettre définitivement à l’abri et en sécurité le valeureux Dupon-Duran 2 / Interaction .

C’est une équipe de dix à quinze personnes qui s’organise alors autour de moi, Pierre et Fabien .Cinq air bags sont installés grâce au même tracteur qui a amené le compresseur d’air sur place .Un remorqueur se positionne à bonne distance au large.Un scooter de mer, un zodiac établissent une remorque avec l’aide de plongeurs et de surfeurs bénévoles présents sur place .C’est compliqué car il y a des vagues et que la distance entre le remorqueur et le trimaran est énorme , environ huit cent mètres .Il va falloir tirer très fortement le trimaran au départ, tant que les air bags ne le soulagent pas, et c’est un moment critique que le trimaran doit supporter tant les efforts sur la structure et les bras de liaisons sont énormes .

Cette plage , connue des surfeurs, est complexe pour une telle opération.Gonzalo Gonzales, le capitaine du cannot de secours qui m’avait en vain porté assistance est venu sur place.Il vient vers moi et me serre dans ses bras.Nous reparlons ensemble de cette nuit et il me dit : ” Il y a des jours, ici, dans notre région, ou l’on ne peut pas faire grand chose pour éviter ce qu’il nous est arrivé. Quelle nuit ! Quelle mer ! c’était très très difficile .”Il m’échange ses coordonnées privées et m’invite alors à venir visiter son bateau et à venir chez lui .

J’espère que l’on pourra le faire lors de mon retour en Espagne pour le trimaran la prochaine fois .Cette rencontre me fait chaud au coeur.Je repense au nombre d’heures ( qui sont passées si vite) durant lesquelles nos deux bateaux ne parvenaient pas à s’approcher l’un de l’autre sans prendre des risques .La visibilité était nulle , nous nous sommes perdus de vue à quelques dizaines de mètres seulement .

La marée haute est prévue à onze heure trente et c’est à ce moment précis que nous devons réussir à sortir le bateau de cette situation.

A 10 h 30, la remorque cède, c’est l’inquiétude, Gonzalo dit alors que notre dernière chance sera demain à la prochaine marée .L’équipe de la capitainerie de Ribeira est présente sur place aussi , et avec Leyre sa directrice . De la nervosité se fait sentir , la mer est désormais haute et va bientôt commencer à descendre .Je pleure intérieurement me disant que ce n’est pas possible de reporter la manoeuvre et qu’il est urgent de trouver une solution .

Une nouvelle remorque est installée en grande difficulté à travers les vagues et le courant .Je regarde le mur de vagues à franchir avec quelque inquiétude .

A 13 h 40, et alors que la mer a commencé à descendre , une ultime tentative est alors mise en place : c’est le succès !Le remorqueur réussit à extraire le trimaran et à lui faire surmonter les vagues du départ.L’opération de sauvetage prends alors une bonne tournure .Je crains cependant que la cadène de mat du flotteur babord ne cède , entraînant inévitablement le démâtage du bateau et des dégats importants en conséquence .En effet, les cloisons du flotteur babord sont toutes endommagées à part celle-çi !

Cela tient du miracle !

Je me dit alors que cette partie ne résistera pas aux efforts et contraintes qui sont imposés par la charge du remorquage.Le bateau doit alors peser 15 tonnes au lieu de la moitié normalement , rempli par de la mer  et du sable .Le trimaran s’éloigne doucement de son écrin pas choisi pour se diriger vers le large et le port de Xufre, qui dispose d’une grue et d’un emplacement extérieur .

A 21 h 47 , Interaction fait son entrée dans le port, la mer est alors calme, le vent est tombé, le trimaran est sauvé !

Nous assistons tous les trois le lendemain au démâtage et grutage du bateau , c’est un énorme soulagement .

Nous sommes heureux de diner et de passer quelques moments avec un autre équipage malouin , celui de Grain de sail .C’est insolite que de se retrouver à deux bateaux malouins le même jour en ce lieu peu habituel.A nous deux seulement , nous créons la plus grande part de l’agitation du port de Xufre en cette saison si calme d’habitude .

Les premiers résultats précisent que les travaux pourraient débuter dès la fin du mois de Janvier, le trimaran pourrait alors renaviguer au mois de Juin prochain .

J’ai pu mesurer à chaque instant la robustesse du trimaran.Passé par les rochers puis la plage, un remorquage douloureux, il n’a pas rompu, n’a pas cédé.Ses bras de liaison sont forts, toute la structure et la construction du bateau sont remarquables .Le trimaran m’a transmis le message qu’il se sentait encore beau et toujours fort mais que surtout il était très pressé de retrouver son élément le plus vite possible .

 

Je tiens à remercier Gonzalo , capitaine du Sargadelos pour sa présence et sa fidélité du début jusqu’à la fin. La capitainerie de Ribeira pour la qualité de sa disponibilité et de son écoute.

Ignacio pour son aide sur place .

Je remercie Interaction pour son soutien à tous moments .

Merci à mon équipe qui s’est rendue sur place ou bien a assisté à distance : Fabien Labrosse, Pierre Jan, Paul Martel, Tiphaine Martin , Henri Leroy ( Ordigraph ), Jean Paul B ….

Un grand merci aux skippers de la course qui m’ont apporté leur soutien .

Un immense merci à tous les amis qui m’ont adressé leur soutien de toutes les manières possibles , cela touche au coeur !!

Merci à tous ceux qui ont apporté leur soutien ici ou ailleurs …

Remerciements chaleureux aux enfants et professeurs des écoles visitées qui se sont manifestés depuis la fin de la course .

A la mairie de Saint-Malo, à Oc sports et à tous les soutiens amicaux du trimaran . 

A la FFV .

L’issue de cette route du rhum n’avait jamais été envisagée ainsi .

En conséquence , ce n’était pas prévu .

 

 Une nouvelle vie commence alors …..

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